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 Oh come on, you can talk to me Blair ! It's not like you've never did before ! [PV BLAIR]

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Jeremiah D. Gallway

Messages : 16
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MessageSujet: Oh come on, you can talk to me Blair ! It's not like you've never did before ! [PV BLAIR]   Lun 5 Sep - 17:10



BLAIR HASTINGS-BASS AND JEREMIAH. D GALLWAY.
Une journée interminable touchait à sa fin. Une journée horrible, une journée ennuyeuse, une journée vide de sens; une journée qui ne m'avait pas du tout plus. Quand je pense que j'avais perdu mon temps à courir aux quatre coins de Londres; quand je pense que j'avais annulé la quasi-totalité de mes rendez-vous avec mes patients les plus sérieux, pour rejoindre une femme qui avait soit-disant besoin de mon aide et qui finalement ne s'était pas pointée; j'avais comme une envie de tout lâcher. Ouai, c'est ça. De m'abandonner. De me déchirer la tête, de me saouler. De planer. Comme au bon vieux temps. Comme à l'époque où rien d'autre ne comptait. Comme quand j'étais libre, avant que l'alcoolisme ne m'emporte et face de moi l'un de ses plus fervents disciples. Oui, des soirs comme celui-ci, j'aurai aimé retrouver mon ancienne vie. J'aurai aimé être lui. Ce jeune gamin fougueux prêt à tout pour séduire, cet irrémédiable amoureux capable du meilleur comme du pire; ce garçon enfin qui, les soirs de déprimes avait encore le loisir de se servir un verre de whisky sans courir de risque. J'aimai bien ce type, mais il me rendait nostalgique, aujourd'hui. Nostalgie qui me reprenait subitement parce que j'étais... coincé.... dans les embouteillages, pour tout vous dire. D'accord, d'accord je confesse, c'était une bien piètre manière de justifier ma sensiblerie, mais que voulez-vous que je vous dise? Je ne suis qu'un homme, après tout. Et en homme viril que je suis - enfin, je crois - je me devais de trouver quelque chose qui, me permettrait de... OH et puis zut ! Je n'en avais rien à faire de toute façon ! Mes semblables pouvaient bien penser ce qu'ils voulaient de moi, c'était le dernier de mes soucis ! Qu'ils aillent tous au diable ! D'ailleurs, qui a besoin d'amis ? [...] D'accord, Okay. C'est bon. J'arrête. Maintenant. Tout de suite. Ma décision est prise. Certes, ma journée avait été passablement catastrophique, mais les dernières quarante-cinq secondes m'avaient aussi permis de mettre le doigt sur quelque chose de capital : PARLER TOUT SEUL ET SILENCIEUSEMENT QUI PLUS EST, NE RÉSOUDRA PAS MES PROBLÈMES ! Du moins pas pour le moment. D'ailleurs quelle plus grosse ironie de la part d'un psychologue que de divaguer à longueur de temps ? Bof. Faut croire que j'étais différent des autres. Plus proche de mes patients. C'est peut-être pour ça qu'ils m'aimaient autant ?! Ou bien étais-ce mes dents ? C'est vrai qu'elles étaient foutrement bien faites ! Merci Papa. Merci Maman. [...]

TUUUUUUUUUUUT !
« Mais tu vas la bouger ta caisse ?! C'est pas possible ça ! » un pied sur l'accélérateur, l'autre sur l'embrayage, je faisais vulgairement ronfler le moteur, massacrant mon volant par la même occasion. « et tu l'as eu où ton permis de conduire ?! Dans une pochette surprise ?! Mais bouges de là, vieille harpie ! Y'en a qu'on encore des choses à faire, y'en a qui savent encore se rendre utile ! ». TUUUUUUUUUUUT ! TUUUUUUUUUUUT ! TUUUUUUUUUUUT ! Je commençai sérieusement à perdre patience, maintenant ! J'étais tellement énervé, que je songeai presque à me prescrire des calmants. Et la petite vieille qui n'avançait toujours pas. Je n'en pouvais plus. Sérieusement, j'allais finir par péter un plomb si je restai coincé dans cette voiture. Comme si ma journée n'avait pas été suffisamment merdique, il fallait en plus que je supporte ça ? Que je suive des kilomètres durant cette vieille bonne femme, qui n'avait visiblement pas compris comment fonctionnait l'accélérateur?!. C'était à la limite du supportable; si je ne tombai pas en syncope dans les cinq minutes, c'était un miracle ! TUUUUUUUUUUUT ! TUUUUUUUUUUUT ! [...] « C'est pas vrai » soupirai-je alors, dépité. « Manquerait plus que je ne passe des heures à comprendre ce qu'il se passe avec le nouveau gamin qu'on m'a conf... MERDE ! Merde ! Merde ! » me mis-je à rugir nerveusement « le dossier. Oh non, mais c'est pas vrai, je suis maudit ou quoi ? ».

[...]


« Non, Franck. Je t'assure, on peut difficilement faire pire. [...] Pardon ? [...] Aucune nouvelle, non. Mais je m'en porte pas plus mal, elle frôlait l'hystérie et, je pense que ce serait pas mal que je commence à fréquenter des femmes saines d'esprit. J'ai déjà de ces cas au boulot qu'en rentrant à la maison, je préfère ne pas trouver pire [...] Ouai c'est ça. On se voit demain. Bonne soirée à toi aussi ! ». Ah sacré Franck ! Ce qu'il pouvait me faire rire. Un vrai ami. Quelqu'un sur qui on pouvait compter, un homme de confiance. Le meilleur, quoi ! D'ailleurs en y repensant son coup de fil m'avait fait extrêmement plaisir, beaucoup de bien aussi. Ma tension retombait progressivement, j'avais l'air relativement plus calme. Un peu plus en retard, peut-être, mais calme. C'était un bon début n'est-ce pas ? En plus, je n'avais plus désormais qu'à faire un petit tour dans mon bureau, me munir du fameux dossier et je pourrai ENFIN rentrer à la maison. En espérant que mémé-lenteur se soit rentrée, elle aussi. Quoi qu'il en soit je n'avais plus de temps à perdre; mes bâillements se faisaient de plus en plus réguliers et à trop tarder, je finirai par m'endormir au volant. Puis, le centre allait bientôt fermer de toute façon. N'ayant pas mes clefs sur moi, mieux valait ne pas m'éterniser. Mais, on ne choisissait pas sa destinée pas vrai ? Ni même les personnes que nous étions amenés à rencontrer ? Encore moins à quel moment de la journée, et ce même si l'on était exténué ? Bon d'accord, j'essayai sérieusement de relativiser là. Je le jure, je ne faisais qu'essayer. Mais ça n'avait pas l'air de marcher. Faut croire que de là-haut, le grand-manitou m'en voulait. Force était de l'avouer. Parce qu'au moment même où j'allais pousser la porte, prêt à m'en aller, cette blondinette - je devrai même dire "blondasse" tant elle paraît mal élevée, parfois - m'a méchamment bousculé. Un peu comme on le ferait avec un moins que rien, avec quelqu'un à qui on en voudrait, avec lequel on est fâché. Le hic, dans tout ça c'est que je ne lui ai absolument rien fait, moi ! Ce n'était tout de même pas ma faute si elle avait accouru chez moi pour se confier et que je l'avais gentiment invité à entrer ?! Aurait-elle préféré que je lui claque la porte au nez ? De toute manière avec mademoiselle Hastings-Bass, on ne savait jamais sur quel pied danser ! Et voilà qu'elle me tournait maintenant le dos, sans même un regard de considération. Voilà qu'elle fuyait, une nouvelle fois. S'en était lassant, à la longue.

« Alors quoi ? Tu vas continuer à m'ignorer et prendre la fuite à chaque fois que tu auras le malheur de me croiser ?! Je te rappelle quand même que l'on travaille un tant soit peu ensemble ! De fait, tu ne pourras pas éternellement m'éviter ! ». Oui je sais, je n'aurai pas dû. Je m'aventurai présentement sur un terrain miné, mais je n'avais pas pu m'en empêcher. Nous travaillions plus ou moins ensemble, je la voyais un jour sur deux et pour être tout à fait honnête je commençai à en avoir ma claque de ses simagrées. D'autant plus que ce n'était vraiment pas la journée ! « Oh je t'en prie Blair ! Tu peux me parler ouvertement. Ce n'est pas comme si tu ne l'avais jamais fait auparavant ! ». J'en convenais, ce n'était peut-être pas la meilleure chose à dire, mais soit ! J'assumerai les conséquences de mes actes et la violence de sa réaction. Si toutefois réaction, il y avait.
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Blair V. Hastings-Bass

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MessageSujet: Re: Oh come on, you can talk to me Blair ! It's not like you've never did before ! [PV BLAIR]   Lun 5 Sep - 21:37

Quand une journée démarre mal, en général, elle le reste. Ces derniers jours ont été catastrophiques, et je traine entre Oxford et Londres avec la lourde résolution que je viens de prendre sur les épaules, et un air de chien battu presque permanent dont je ne peux me défaire. J’ai l’impression de m’oublier, de me perdre dans des coups bas et des traitrises que je ne me connais pas. Prendre part à la vie étudiante d’Oxford me bouffe, et j’ai l’impression qu’il est trop tard pour faire marche arrière. Ma décision de quitter le domicile familial est pour le moins difficile à assumer. Je ne veux quitter ni mon frère, ni Colin, ni m’éloigner de Tristan et de mes amis à Oxford. Mais il le faut. Plus qu’un besoin, l’obligation commence à se faire presque pressante, urgente. J’ai besoin de recommencer. Forcée de constater que la vie que je mène aujourd’hui n’est pas celle que je pourrais supporter jusqu’à ma mort. Pas à cause de mon entourage, mais à cause de cette douleur lancinante que je ressens à évocation du moindre souvenir. A cause de la peur panique qui m’habite quand je pense à tous ces gens qui se marient, sont heureux, ont des gosses. A cause de l’angoisse qui me réveille la nuit, du seul apaisement que j’ai trouvé dans le vin ou le sexe. A cause du décalage entre la fille bien d’entre fois et la salope d’aujourd’hui. Parce que je ne sais plus où aller, comment y aller. Et parce que j’ai besoin de voir d’autres rues que cette que nous avons foulés ensemble, d’autres hôtels que ceux où j’ai dormi. Un autre pallier que celui sur lequel il m’a laissée, en sang, gelée, traumatisée. Je suis force, je suis Blair Hastings-Bass, et il est temps. Temps de partir, d’oublier, temps de ranger les regrets et les remords. Temps de se focaliser sur cette nouvelle vie qui doit être la mienne, sans la menace de Marianne de révéler tout ce qu’elle sait, sans la menace de sa présence s’il revient un jour.

« Emma est morte. » Il est neuf heures du matin, et bon sang, je viens tout juste d’enfiler ma blouse. Je m’accroche à la chaise derrière moi et m’y assois un instant. Lutte violente contre les larmes qui menacent. Ella se tient devant moi, attend de voir si je vais enfin fondre en larmes, après toutes ces années, toutes ces morts. Mais non. « Ses parents sont là ? » Elle secoue la tête. « Ils ont déjà emmené le corps, elle est morte dans la nuit. » Bien entendu. Je me redresse, lisse ma blouse blanche, rabat une mèche de cheveux derrière mon oreille. J’inspire un grand coup, et hoche la tête. « Merci Ella. Le dossier suivant ? » Elle lève les yeux au ciel et soupire en me tendant un dossier bleu. Un petit garçon, donc. Je hoche la tête, elle quitte la pièce qui me sert de bureau d’un air renfrogné, comme si voir pleurer a supérieure hiérarchique pouvait lui apporter quelconque satisfaction, ou la rassurer sur la capacité de compassion des êtres humains. Je feuillète le dossier en luttant contre l’angoisse qui m’étreint soudainement. J’ouvre mon ordinateur, ça fait longtemps que je n’ai plus de nouvelles de Tristan, et Emma me rappelle à son bon souvenir – par longtemps, comprenez plus de deux jours. J’ouvre mon ordinateur pour me calmer, tout va bien Blair, tu es une grande fille à présente. Je laisse un message facebook à mon ami, trouvant un peu étrange le remue ménage autour de lui. Mais je ne cherche pas plus loin, le travail m’appelle, et je déteste être en retard.
La journée s’écoule sur le même modèle, enchainant catastrophes, moments gênants, affrontements tristes et remises en question psychologiquement difficiles à supporter. Je erre dans les couloirs, de dossiers en dossiers, de patients en patients, d’enfants en enfants. J’aimerai être une gamine encore, et ne rien connaitre de la vie. J’aimerai comprendre pourquoi ces enfants n’ont pas le droit de vivre comme tous les autres. J’aimerai savoir comment justifier l’injustifiable, comme pardonner l’impardonnable, comment avancer la peur au ventre, comme tourner la page. J’aimerai vraiment trouver la force.

Enfin, l’heure de la fermeture sonne. Je troque ma blouse contre un imperméable beige que je dépose sur mes épaules. Mes pieds montés sur dix centimètres de talons me font mal, je suis lasse. La journée a fait forte impression sur mes traits, et adieu la légèreté et la fraicheur. Je dois remplir un formulaire à l’accueil, saluer l’équipe de nuit, et enfin, sortir. Retrouver la chaleur de la maison, la douceur du vin, le fond sonore de la télévision. Et laisser la vie couler, la laisser aller. Ne plus rien faire, sauf oublier.

« Aie… » Je me heurte à quelqu’un en ouvrant la porte, et soupire fortement. Effectivement, la journée ne pouvait pas se terminer aussi simplement. Je détourne les yeux, tourne les talons et reviens de là où je suis tout juste partie, dans l’espoir de trouver un endroit qui pourrait m’accueillir et me planquer. « Alors quoi ? Tu vas continuer à m'ignorer et prendre la fuite à chaque fois que tu auras le malheur de me croiser ?! Je te rappelle quand même que l'on travaille un tant soit peu ensemble ! De fait, tu ne pourras pas éternellement m'éviter ! ». Je soupire, agacée. Evidemment, il a raison. Et alors ? N’ai-je pas le droit d’être une gamine pour une fois ? Je ne peux pas soutenir son regard, je suis incapable de me retourner. Il sait. Il sait, et je veux fuir ces gens qui savent trop bien. Trop bien là où ça fait mal. « Oh je t'en prie Blair ! Tu peux me parler ouvertement. Ce n'est pas comme si tu ne l'avais jamais fait auparavant ! ». Je tourne les talons, reviens sur mes pas. « Est-ce que tu es venu pour me psychanalyser, Jeremiah ? Parce qu’au cas où tu l’aurais oublié, ici, je ne suis pas une patiente pour toi. » Je précise le lieu, je sais que ce que je lui ai dit lui permet de me considérer comme une de ses patientes. Je secoue la tête, lâchant un grognement, et fais tomber le dossier que je porte à la main. La photo d’Emma s’en échappe. Je me penche pour ramasser mes papiers, sens mon cœur se serrer douloureusement dans ma poitrine. Qui suis-je, que suis-je seulement en train de devenir ? Je me redresse, chasse l’amertume et la gêne qui s’emparent de moi d’un revers de la main. « Je dois faire la fermeture. Tu as ce qu’il te faut ? » J’enferme l’équipe de nuit tous les soirs pour ne pas faire descendre la responsable qui gère des dossiers à n’en plus finir. Mon ton se radoucit légèrement. « Je suis navrée, mais le fait qu’on travaille ensemble ne m’oblige pas à t’étaler mes problèmes personnels. Je me suis assez ridiculisée comme ça sans vouloir en ajouter une couche, tu ne crois pas ? » Je verrouille la porte derrière nous en soupirant un peu.
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Jeremiah D. Gallway

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MessageSujet: Re: Oh come on, you can talk to me Blair ! It's not like you've never did before ! [PV BLAIR]   Lun 5 Sep - 23:42


Elle revient sur ses pas, s'arrête et me toise d'un air blasé. Calme. Blair prenait les choses d'une manière relativement calme et ce, bien que je puis déceler un semblant de dédain et d'exaspération dans sa voix lorsqu'elle me répondit. C'était une attitude que je méritai, j'en convenais désormais. La provoquer n'était pas très futé. Mais je m'étais senti obligé de le faire, car en toute vérité, je ne supportai pas le malaise qui s'était installé entre nous. C'était devenu d'un ridicule ! C'est vrai quoi, du peu que je la connaissais, pour ce que je la connaissais, je l'avais toujours apprécié. Nous nous en étions toujours tenu à des rapports strictement professionnels, certes; mais cela ne nous avait pas empêché de sympathiser un tant soit peu et nous avions jusqu'alors pour habitude de beaucoup rire tous les deux. Alors pourquoi en changer ? Ça n'avait pas de sens. Nous collaborions ensemble d'une manière efficace et dynamique; il nous arrivait même d'unir nos forces pour "remonter le moral des troupes"; bien que j'eusse toujours été le plus doué pour ça. Mais maintenant que j'y repensai, Blair n'avait jamais été très souriante, ni même affectueuse ou joyeuse en fait. C'était comme si elle était constamment malheureuse. Au début, je ne comprenais pas tellement sa manière de se comporter, cette mélancolie qui habitait ses traits; tout était limpide désormais. Cet évènement, ce traumatisme, ce désastre si je puis dire; il avait changé sa vie. Il l'avait changé, elle. Et pour être tout à fait honnête encore une fois, j'avais de la peine pour elle. Beaucoup de peine. Plus que je ne le devrai, j'étais touché par son histoire, par son malêtre. Plus encore, je trouvais cela regrettable. Regrettable qu'une si jolie jeune femme, brillante et foncièrement gentille - parce qu'au fond, elle l'était, gentille. Qu'importait les apparences ! Je l'avais vu agir avec tous ces enfants et elle était magnifique avec eux -, je trouvais ça dommage qu'elle puisse être aussi anéantie. Je trouvais cela rageant qu'elle gâche ainsi sa vie. « Est-ce que tu es venu pour me psychanalyser, Jeremiah ? Parce qu'au cas où tu l'aurais oublié, ici, je ne suis pas une patiente pour toi. ». Elle haussait le ton, en me prenant de haut, me faisant maladroitement comprendre qu'ici ELLE était le patron. Je n'avais pas mon mot à dire, donc ? C'est ce que nous verrons ! Parce que non, je ne voulais pas la psychanalyser. Non, il n'était pas dans mon intention de la juger. Non, je n'irai pas crier sur tous les toits ce qu'elle m'avait confié. Elle ne le voulait pas, elle n'en avait pas besoin, j'avais compris tout ça; mais de mon côté je voulais simplement l'aider. L'écouter. La conseiller. Je voulais être son ami et l'aider à oublier. Avec ou sans l'intermédiaire de mes qualifications professionnelles; si tel était son souhait je ne me permettrai même pas d'interférer quand elle me parlerait. Mais il fallait qu'elle fixe les choses. Elle avait besoin d'aide et je pouvais être celui-là même qui l'aiderait, j'en étais persuadé. Alors pourquoi diable se montrait-elle si agressive et bornée ?! Son histoire m'avait touchée, plus encore sa fragilité. Étais-ce si mal de vouloir l'aider ? [...] Visiblement perturbée, elle laissa tomber son dossier. Une photographie s'en échappa. Blair l'a ramassa furtivement, mais j'eus le temps d'identifier ces traits. Ils appartenaient à la petite Emma; adorable petite fille que voilà. Toujours souriante et amicale, un véritable petit ange. Et le plus triste dans tout ça; c'est que cette description n'avait jamais été si réelle qu'en ce moment-même. Emma s'en était allée, j'avais appris la nouvelle dans la matinée, un collègue m'avait téléphoné. Son décès m'avait profondément attristé.

« Je dois faire la fermeture. Tu as ce qu'il te faut ? ». Subitement, elle changea de sujet. Classique. Restait à savoir désormais si elle était touchée par cette disparition, troublée ou simplement lassée de devoir me parler. Personnellement, je n'oserai m'avancer; mais cela ne me paraissait pas impossible que son état d'esprit fusse mitigé, partagé. A mon tour, je l'observai, dubitatif, me contentant de lui répondre d'un hochement de la tête positif. Détournant le regard, elle ferma alors machinalement la porte avant de gentiment me faire comprendre qu'elle ne me devait rien, que ses problèmes ne me concernaient pas et que, de toute façon elle s'était suffisamment tournée en ridicule la dernière fois. Ce qui me mit totalement hors de moi. Oubliant toute complaisance, je rétorquais alors, exaspéré comme jamais « Te ridiculiser ? TE RIDICULISER ?! Non, mais tu t'entends, sérieusement ? Cela n'a rien à voir. Tu mélanges tout ! Et si tu veux mon avis, c'est en m'ignorant et en refusant de faire face à ce que tu m'as confié l'autre soir que tu te ridiculises ! Tu as été ridicule toute la semaine Blair et le fait que tu vois en la confession un acte honteux, te rends encore plus stupide » Réalisant que mes propos s'avéraient blessants, je frottai nerveusement mes yeux et continuais sur ma lancée, d'une manière plus posée, cependant
« Excuse-moi. Mon but premier n'était pas de te manquer de respect. C'est juste que tu dois comprendre que m'avoir tout raconté, ne fait en rien de toi un personnage ridicule, faible ou insensé. Au contraire, il faut bien plus de courage pour affronter la réalité et accepter que tu as besoin d'aide. En venant chez moi l'autre soir, tu as fait un grand pas Blair et, bien que tu sois entièrement libre de tes choix; je trouve cela dommage que tu te renfermes, à nouveau, comme ça. Le " un pas en avant, deux pas en arrière", j'ai bien peur que ça ne fonctionne pas ». Elle leva les yeux au ciel, exaspérée sans doute; prenant conscience qu'il y avait une part de vérité dans mes propos, à n'en pas douter. « Tout comme il n'est pas bon de refouler ses sentiments, ou sa tristesse. Je sais bien que tu as toujours fonctionné comme ça, mais il n'y a pas de honte à montrer qu'un décès nous affecte et, c'est tout à fait normale de... pleurer pour ça. Comme pour la disparition de la petite Emma, par exemple. Tu en diras ce que tu voudras, mais j'ai bien vu comme tes traits se sont figés quand tu as ramassé sa photo. Sa disparition t'a touché non ? ». Silencieuse, elle baissa la tête, mais je sentais la dispute arriver. Aussi décidais-je de la devancer « Tu n'es pas tenue de me répondre. Tu n'es pas non plus tenue de me parler et tu as parfaitement le droit de tourner les talons et de m'ignorer. Mais saches seulement que, de mon côté, je cherche simplement à t'aider ».
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Blair V. Hastings-Bass

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MessageSujet: Re: Oh come on, you can talk to me Blair ! It's not like you've never did before ! [PV BLAIR]   Mar 6 Sep - 12:13

Forcément, Jeremiah ne s’arrête pas là. S’il n’était pas en train de me faire ma propre dérangeante analyse de fille complètement tarée et à côté de la plaque, je lui reconnaitrais sans doute des talents de psychanalyste émérite. Il semble un peu agacé par mon cas cependant, et s’emporte en rougissant un peu. « Te ridiculiser ? TE RIDICULISER ?! Non, mais tu t'entends, sérieusement ? Cela n'a rien à voir. Tu mélanges tout ! Et si tu veux mon avis, c'est en m'ignorant et en refusant de faire face à ce que tu m'as confié l'autre soir que tu te ridiculises ! Tu as été ridicule toute la semaine Blair et le fait que tu vois en la confession un acte honteux, te rends encore plus stupide » Je reste interdite, immobile les clés dans la main, la porte fermée. Je me mords la lèvre, me retenant de lancer une réflexion cinglante, ou de prendre mes jambes à mon cou immédiatement pour fuir cet enfer. Il ne sait pas de quoi il parle. Je préfère être ridicule en fuyant ce qui peut potentiellement me nuire, comme il dit. Je me fous de ce qu’il pense et crois. Peut être ai-je été ridicule, mais qu’est-ce qui est pire ? Penser naïvement que même si on vous a abandonné sur le pallier de votre maison, tout juste avortée et infiniment amoureux, les hommes doivent être différents et que l’amour peut exister de nouveau ? Ou se protéger pour ne plus jamais souffrir. Je soupire, il enchaine sans me laisser le temps de répliquer quoi que ce soit. « Je n’ai pas besoin d’aide, Jeremiah. Ca fait six ans que je m’aide toute seule, je ne vois pas pourquoi la situation serait différente aujourd’hui. » Mon ton n’est pas agressif, juste résigné. Mais ce que je dis, je le pense. Depuis toutes ces années, la douleur s’estompe au profit d’un apaisement minime mais agréable. Je n’ai pas besoin des autres, les autres ont besoin de moi. Tant que cet équilibre est maintenu, tout va bien. Ne compter que sur soi-même est une chose délicate mais qui, je le sais, est la seule solution possible pour continuer à vivre une vie un tant soit peu stable. « Je ne peux pas me permettre de refaire l’erreur une seconde fois. Ca doit être très agréable d’avoir des gens sur qui s’appuyer, des personnes auxquelles tu racontes ta vie et tes emmerdes, mais tout ça, ça n’est pas pour moi. J’ai testé, j’ai donné, j’arrête. C’est tout. »

On revient sur Emma. Evidemment. Ma gorge se serre, mon cœur s’accélère. Il suivait le dossier aussi, il parlait aux parents, à la petite. Je relève les yeux, toute forme d’exaspération s’évanouit au profit d’une grande détresse que j’essaye de garder pour moi. « Tu n'es pas tenue de me répondre. Tu n'es pas non plus tenue de me parler et tu as parfaitement le droit de tourner les talons et de m'ignorer. Mais saches seulement que, de mon côté, je cherche simplement à t'aider ». « Je… » Ma voix tremble. « C’est tellement injuste. Cette gamine est morte cette nuit dans son lit, sa mère et son père autour d’elle, et elle n’avait rien vécu. » Je secoue la tête pour ne pas craquer, ça n’est pas vraiment le moment. « Je crois toujours que je finirai par m’habituer. Aux chambres vides un matin, aux mauvaises nouvelles qu’on doit annoncer aux parents, à la détresse, aux torrents de larmes. Mais on ne s’habitue jamais. Même les enfants qui sortent d’ici un sourire aux lèvres, guéris, rétablis, ne suffisent pas à nous faire oublier Emma. Emma ou les autres. » Ma main passe automatiquement sur mon ventre, mais je m’interromps rapidement en réalisant le geste. « Les autres… » Je hoche la tête, soupire. Evidemment, il a raison. Je suis hantée par le souvenir de ce drame personnel qui m’empêche de faire confiance, qui m’empêche de faire quoi que ce soit de ma vie. Même quand je laisse une personne entrer, je ne lui raconte pas. A quoi bon ? Bonjour, je m’appelle Blair, et quand j’avais dix-huit ans je me suis faite plaquer après qu’on m’ait forcé à avorter. Sympa comme façon de s’introduire. Je secoue la tête. J’ai envie de m’asseoir, j’ai la tête qui tourne. Je cherche une réplique à lancer qui me sortira de cet état de lamentation, Ella serait sans doute ravie de me voir flancher. Tout le monde se demande sans doute si je suis capable de ressentir la moindre émotion, finalement, ils seraient tous rassurés.

« Est-ce que ça ira mieux un jour ? » Je hausse une épaule, secoue la tête. Je suis lasse. Lasse de faire semblant, lasse de vivre ici, enfermée dans cette vie. Je suis lasse de voir les autres profiter, gâcher, tout foutre en l’air, reconstruire. Je suis lasse de savoir avec résignation que ma vie est destinée à se dérouler sur ce long fil rythmé par le travail et les coups d’un soir, rapidement entre deux verres de vodka.
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Jeremiah D. Gallway

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MessageSujet: Re: Oh come on, you can talk to me Blair ! It's not like you've never did before ! [PV BLAIR]   Jeu 8 Sep - 20:54

Bornée, Blair était définitivement trop bornée. J'avais beau essayer, elle ne se laissait jamais perturber, elle ne laissait plus rien échapper, pas depuis cette fameuse nuit où, désespéré, elle avait accouru chez moi pour tout me balancer. Ça me dépassait, complètement. Bien que paradoxalement je comprenne tout à fait ses appréhensions, je ne pouvais m'empêcher de penser qu'elle vivrait bien mieux, une fois débarrassée de toutes ces horribles choses qui pouvaient la hanter. J'en étais convaincu, elle devait faire table rase du passé et tout oublier. J'en étais parfaitement conscient, cela lui demanderait beaucoup de courage et de volonté et elle aurait parfois des moments de doute, de faiblesse, mais j'avais confiance en elle, elle en était capable. C'était une femme forte, remarquable, incroyable. Plus encore, elle méritait d'être heureuse. Si seulement elle s'en donnait les moyens. « Je n’ai pas besoin d’aide, Jeremiah. Ça fait six ans que je m’aide toute seule, je ne vois pas pourquoi la situation serait différente aujourd’hui. Je ne peux pas me permettre de refaire l’erreur une seconde fois. Ça doit être très agréable d’avoir des gens sur qui s’appuyer, des personnes auxquelles tu racontes ta vie et tes emmerdes, mais tout ça, ça n’est pas pour moi. J’ai testé, j’ai donné, j’arrête. C’est tout. ». Je soupirai à cette pensée, ses paroles m'arrachèrent une grimace dans le même temps. Triste. Je trouvai cela profondément triste qu'une femme de son âge puisse déjà avoir perdu toute foi en l'amour, en la vie et aux miracles qu'elle pouvait accomplir. Cela me brisait le cœur de l'entendre parler ainsi. J'avais moi-même connu mon lot de déceptions et de drame et pourtant, je n'avais jamais baissé les bras. Jamais ! Je n'aurai pas la prétention d'affirmer qu'il était facile d'oublier et d'avancer, car j'ai moi-même et plusieurs fois touché le fond par le passé et pourtant, je me suis toujours relevé; toujours un peu plus fort. Gagnant toujours en maturité. J'ai appris de mes erreurs, elles m'ont permis d'avancer et ont contribué à faire de moi l'homme que je suis aujourd'hui. Pourtant dieu sait comme j'ai pu en baver. Dieu sait comme la vie a pu se montrer cruelle avec moi. Bien évidemment ce n'est pas comparable, mais j'ai au moins autant souffert que Blair, si ce n'est plus; tout comme elle j'aurai pu me renfermer et sombrer - je l'ai fait, inutile de se leurrer -, mais ce n'était qu'une passade car au fond je ne me suis jamais laissé le droit d'abandonner, de tout lâcher. Ce qui a fait la différence, c'est qu'au fond de mon cœur, j'ai toujours eu la volonté de m'en sortir et d'avancer. Ce dont Blair semblait présentement incapable, ce qu'elle refusait de faire, du moins. Était-elle devenue subitement insensible, désintéressée ? Se complaisait-elle dans son malheur ? Pire encore, s'y était-elle habituée ? Beaucoup au centre auraient affirmé que oui, ajoutant froidement qu'elle n'avait aucun cœur. Ils l'avaient mal jugé. Blair était une jeune femme complexe, froide d'apparence certes, mais au fond elle avait bon cœur; ils n'avaient jamais pris le temps de s'arrêter et de l'observer travailler avec ces enfants, voilà tout. Je l'avais fait et croyez-moi, dans ces moments-là, c'était une toute autre Blair à laquelle on faisait face. D'ailleurs mademoiselle Hastings-Bass était bien plus touchée et concernée par le sort de ces enfants qu'elle ne voulait bien le laisser croire. Je l'avais toujours su, mais ses paroles « C'est tellement injuste. Cette gamine est morte cette nuit dans son lit, sa mère et son père autour d'elle, et elle n'avait rien vécu. Je crois toujours que je finirai par m'habituer. Aux chambres vides un matin, aux mauvaises nouvelles qu'on doit annoncer aux parents, à la détresse, aux torrents de larmes. Mais on ne s'habitue jamais. Même les enfants qui sortent d'ici un sourire aux lèvres, guéris, rétablis, ne suffisent pas à nous faire oublier Emma. Emma ou les autres. » ne firent que me conforter dans cette idée. Le geste qu'elle exécuta ensuite, me laissa quant à lui, bouche-bée. Bien que grand spécialiste en la matière - j'avais l'habitude de faire face aux sombres secrets des gens - je ne savais plus réellement quoi dire, ni même quelle mine aborder. Elle venait de poser sa main sur son ventre, comme perdue dans ses pensées, sa souffrance me sembla alors plus forte que jamais. Son acte me remémora d'emblée la soirée où elle était passée et s'était confiée; je pouvais sentir de nouveau sa souffrance se manifester. Moi qui croyait qu'elle allait m'envoyer balader et refuser le simple fait que je puisse vouloir l'aider, il semblerait bien qu'au final, je me sois trompé.

« Est-ce que ça ira mieux un jour ? ». Elle haussa une épaule, puis elle secoua la tête, lassée. De quoi diable parlait-elle ? Voulait-elle réellement que je lui réponde ou bien était-ce simplement une question en l'air, une interrogation à laquelle, ni elle ni moi ne pouvions finalement répondre ? Est-ce que je savais seulement de quoi je parlais, au fond ? Il était légitime de se poser la question, non ? Après tout je passai bien mes journées à écouter les gens se plaindre de leurs problèmes, je leur cherchai des solutions, alors que je n'étais moi-même pas foutu capable d'exorciser mes propres démons. Drôle ? Je ne crois pas non. Il n'empêche que là, tout de suite, je ne savais absolument pas quoi lui répondre. Je cherchai mes mots. « Je suis navré Blair, mais je n'ai pas la réponse à cette question. Je pense surtout que tout ça dépend de toi, non ? Souhaites-tu vraiment que ça aille mieux, au fond ? Plus encore, vas-tu t'en donner les moyens ? ». Je n'avais rien trouvé d'autre à lui répondre. Son histoire était délicate, sa personnalité l'était d'autant plus. Ce pourquoi j'étais resté sur mes gardes. Raison pour laquelle je pesai mes mots. Contre toute attente j'avais compris qu'il fallait que je me montre le plus patient et le plus compréhensif possible avec elle, elle n'était pas à prendre avec des pincettes et il fallait lui laisser du temps. Beaucoup de temps.
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Blair V. Hastings-Bass

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MessageSujet: Re: Oh come on, you can talk to me Blair ! It's not like you've never did before ! [PV BLAIR]   Jeu 15 Sep - 22:29

« Je suis navré Blair, mais je n'ai pas la réponse à cette question. Je pense surtout que tout ça dépend de toi, non ? Souhaites-tu vraiment que ça aille mieux, au fond ? Plus encore, vas-tu t'en donner les moyens ? ». Mes yeux se ferment, je recule de quelques mètres, et mon dos rencontre le froid mur du centre, en vieilles pierres lisses. Il fait presque froid, et déjà tellement nuit. Je m’appuie sur ce qui pourrait être ma maison et me laisse glisser jusqu’au sol en marbre qui l’entoure. Je me mords la lèvre en luttant contre la sensation de détresse immense que je n’arrive plus à contrôler. « J’ess-… » Ma voix se brise entre deux coups de vent. Je suis tellement pathétique. Depuis quand ? Depuis six ans ? Je m’accroche à un passé qui de toute évidence n’est plus le mien. Suis-je seulement restée celle que j’étais ? Reste-t-il quoi que ce soit, une once d’espoir, un sentiment positif de ces années qui me semblent tellement lointaines ? J’ai pris vingt ans en une soirée ce soir là, j’ai pris 20 ans et après ça j’ai continué à vieillir, enchainant les années en essayant d’oublier. Et maintenant quoi ? Est-ce qu’il est vraiment temps de rajeunir de nouveau ? Est-ce qu’il n’est pas simplement trop tard pour ces conneries ? Trop tard pour retrouver quoi que ce soit de positif ? Terminé, emballé. Recommencer encore parce qu’on s’acharne, ou arrêter de se battre. Que conseille-t-on aux parents des enfants qui ferment les yeux et perdent leur souffle, dont le cœur s’arrête sur une table de bloc ? Mon cœur s’est arrêté ce soir là. Et depuis, quoi ? Me maintenir dans un coma artificiel sous prétexte que je n’ai pas signé la décharge ? Parce que 20 ans, c’est trop jeune ? Et ces gamines qu’on doit laisser partir à huit ? Est-ce qu’elles sont assez vieilles, elles ? Quelle différence ? Vivre pour faire le constat qu’à presque 25 ans finalement, rien ne change. Je cours après des choses qui ne sont même pas de mon ressors. J’essaye de me donner dans ce que je fais, ça n’empêche pas mes patients de mourir, ça n’empêche pas la déception des parents, ça n’empêche pas mon manque de talents relationnels. Je ne suis pas ma mère. J’ai râté la plupart des choses que je désirais pour Colin, et mon père survit plus qu’il ne vit. Faire semblant ? Les Hastings-Bass sont doués. Mais à quoi bon ? Je suis fatiguée. Fatiguée des échecs, fatiguée de faire semblant. Je suis fatiguée de me lever à six heures tous les matins pour fuir un lit dans lequel je ne devrais pas être. Je suis fatiguée de faire des conneries à longueur de temps, fatiguée de devoir me battre pour des choses auxquelles je crois et qui finalement, ont toujours la même issue. Si j’ai envie de m’en sortir ? Si je m’en donne les moyens ?

« J’essaye. Tous les jours j’essaye. » Cette fois c’est trop difficile. Les larmes dégoulinent sur mes joues, j’ai tellement honte. Assise par terre, douze centimètres de talons aux pieds, sur le marbre, à quelques centimètres d’enfants qui vont sans doute mourir bientôt. Gelée, sans doute pâle à faire peur, pas loin de mes collègues, tous ces gens qui trouvent que je ne pleure jamais, que je gère la tristesse comme un monstre sans cœur, ces gens qui pensent que rien n’a d’effet sur moi, que je traverse les épreuves avec un sourire digne d’une pub pour un dentifrice. Ma vie est presque aussi pitoyable que la scène que j’offre. « Tu crois que je suis restée là, à subir le malheur pendant toutes ces années ? A penser que ça passerait tout seul, qu’il suffisait de fermer les yeux et d’oublier ? » Je secoue la tête. Les réponses toutes faites, suis-je maso au point d’aimer souffrir comme je le fais depuis des années ? Est-ce que j’aime me complaire dans l’horreur, dans le malheur qui me bouffe, dans l’angoisse de tous les jours ? Est-ce que j’aime partir le matin et oublier la nuit passée pour ne penser qu’à la prochaine ? Est-ce que j’aime penser à ce que j’aurais pu avoir, si jeune mais pourtant déjà heureuse ? « Je ne suis pas une feignasse. Je me donne les moyens d’avoir les choses. Mais il y a des trucs auxquels il faut renoncer. » J’essuie mes larmes d’un revers de manche en secouant la tête, je me déteste pour ces moments de faiblesse qu’il semble être toujours là pour supporter. Toujours au bon endroit au bon moment. Et l’impossibilité de fuir, la certitude que de toute façon, rien de mieux ne m’attend nulle part. Je renifle un coup et me redresse, essuie une dernière fois mes joues de leurs larmes et remet en place mon imper, que je lisse du bout des doigts. « Je ne voulais pas te faire subir ça une deuxième fois. » Je secoue la tête, là n’était certainement pas mon objectif. Si j’avais eu envie de faire quoi que ce soit de la sorte, je serai allée voir un psychologue qui au moins aurait eu la consolation d’être payé pour m’écouter déblatérer sur mes problèmes personnels sans fin. Je secoue la tête. « Tu veux que je t’offre un verre ? » Je baisse les yeux, remet mon sac sur mon épaule. Je ne peux rien ajouter de personnel ce soir. Je peux tout au plus boire un peu pour m’alléger l’esprit, et rentrer affronter mes propres démons en prenant la décision qui s’impose dès ce soir. Me rapprocher du centre, de Londres. Quitter Oxford. Je le sais, je le sens, ma place n’est plus ici. « J’ai besoin de boire un verre. » Je le regarde, un peu suppliante. Pathétique, certes, mais la chose n’est plus vraiment à constater.
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